On en parle moins que le Maroc ou l’Inde, mais Madagascar - francophone, SMIC officiel à 20 euros -, émerge sur le marché du développement Web, du traitement des données et de la relation client. Avec toutefois un souci de taille pour les habitants de l'île : des connexions Internet à 128 kilobits/secondes pour 300 dollars par mois (Sic !). Une situation absurde, d'autant que le coût de raccordement de Madagascar au cœur des réseaux mondiaux en fibre optique coûterait, en passant par l'Ile de la Réunion, entre 20 et 30 millions de dollars. Pas grand-chose pour un effort télécom qui pourrait potentiellement connecté 18 millions d'individus à Internet ! Et créer ainsi bon nombre d'emplois.
|  | En mai 2007, le réseau EASSy, passant par le canal du Mozambique, devrait raccorder l'Ile, ainsi que 17 autres Etats africains, au réseau mondial d'Internet. Mais ce consortium qui regroupe 17 acteurs télécoms différents doit investir pour cela 250 millions de dollars, ce qui est 10 fois plus qu'un raccordement direct de Madagascar avec la Réunion. Outre le budget, ces acteurs demeurent nombreux pour réussir à se fédérer… Côté "Outsourcing", Madagascar, 18 millions d’habitants, dont 45 % ont moins de 15 ans, avec des racines à la fois africaines et asiatiques, offre selon la formule consacrée « une main d’oeuvre abondante ». L’île, peu connue des hommes d’affaires, a une bonne image auprès d’un public sensibilisé au développement durable et solidaire. Mais est-elle prête à affronter la compétition mondiale ? Réponse dans le dossier avec les membres du Goticom (Groupement des opérateurs en technologies de l’information et de la communication), qui rassemble les acteurs malgaches de la filière. |
L'interview
> Combien de jeunes sont qualifiés pour l’outsourcing ? Chaque année, 30 000 jeunes Malgaches atteignent le niveau Bac, dont environ 2000 proviennent d’une douzaine d’institutions scolaires complètement francophones. L'Alliance Française, presque un système scolaire parallèle, compte 30 établissements et 18 400 étudiants. > Quels sont d'ores et déjà les champs de compétences de Madagascar dans ce domaine ? Madagascar se positionne sur deux grands domaines : la saisie ou traitement de données et le développement Web francophone. La saisie et le traitement numérique manuel emploient environ 3300 personnes. Il existe 5 ou 6 gros ateliers (dont le pionnier, AIS, récemment racheté par ses cadres, fondé pour Berger-Levrault par Marc Friedel, fait du traitement numérique d’images pour la CEE), mais aussi Mad Com, Info Scribe. La société Safig, bien connue des banques françaises pour la saisie de chèques, a par exemple délocalisé une partie de ses activités à Madagascar. Value-data emploie plus de 170 personnes et s’est spécialisée dans le traitement de données, la mise en page et surtout en transcription audio où elle est parmi les leaders. On trouve aussi de plus petits ateliers de 40 à 50 personnes, type Infocom, Nosycom, Madagraphic, Bactrim, Maki, Ingedata… Et il suffit de se promener en centre ville à Tananarive pour être frappé par la prolifération de petites boutiques proposant à coté de services de photocopie, de la saisie. Une situation qui s’explique par le niveau des salaires : si le Smic local est à 20 euros, les salaires mensuels de base dans le secteur sont au moins de 32 euros par mois… et, en tenant compte des primes, ils dépassent 60 euros.
|  | > Comment joindre ces « outsourceurs » depuis la France ? Ils ont évidemment chacun leur site Internet, qui leur apportent deux à trois contacts spontanés par mois, selon les entreprises du Goticom. Peu d’entre eux en revanche ont une structure formelle d’apporteurs d’affaires située en France. | Les sociétés spécialisées dans la saisie ont souvent un partenaire logistique à Paris - qui se limite parfois « à une fille avec un scanner, et un gars sur une mobylette ». Travailler avec une entreprise de Madagascar, c’est aussi une intéressante école de débrouille et de simplicité. > Le développement Web ne concerne pour l'instant que 300 salariés, mais… La disponibilité de webmasters, mais aussi de chefs de projets et de graphistes francophones, permet de développer des sites originaux et à bas coût unitaire. Il faut compter avec Ibonia, Ingenosya, Sirius, Helionet, Ingedata encore, et de nouveaux venus comme Softibox. Mais aussi avec 10 ou 15 développeurs indépendants, passant par des places de marché de free-lanceurs. Compte tenu du coût exorbitant des connexions Internet, la familiarisation avec le Web, ce plaisir de créer d’aussi beaux sites que le concurrent manque encore. Mais un signe ne trompe pas : les cybercafés sont pleins, jusque dans les bourgades de la brousse. > La formation au développement informatique est assurée par l’université ? Oui, et depuis longtemps. La bonne nouvelle c’est qu’elle s’adapte mieux à l’entreprise. Quatre écoles supérieures forment chaque année environ 120 ingénieurs et 380 techniciens des technologies de l’information et de la communication. Ce sont l’ENI, l’ESPA, la MISA (université) et l’ISPM, qui s’associent au Goticom (Groupement des opérateurs en technologies de l’information et de la communication)pour que les salariés soient directement intégrables aux équipes. L’INTN de Tana assure désormais des ateliers sur le logiciel libre, avec l’association Amule qui regroupe les acteurs malgaches du logiciel libre dont de nombreux autodidactes. > Et les centres de relation client ? A deux fuseaux horaires de Paris, avec une population naturellement courtoise, qui a peu d’accent et suit la Star’Ac sur le satellite, il y a un vrai potentiel pour les centres d’appel… Un seul, Vocalys, a pu s’installer et durer, fondé par deux femmes ; un autre projet est en suspens. En cause, l’obligation de passer pour les liaisons internationales par l’opérateur historique, TELMA, dont les tarifs « mangent la marge » ! Le régulateur, l’OMERT, fait respecter l’interdiction d’utiliser la voix sur IP… Tout en surveillant la levée d’une taxe de 3 % sur le chiffre d’affaire pour la régulation et l’accès au réseau ! Mais la fin du monopole de l'opérateur TELMA (Sa licence s’achève au 31 mai 2006) devrait changer la donne et faire décoller le secteur. FC, pour l'Atelier, interview des membres du Goticom | Ajouté le 10/10/2006
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